JUDO de FRANCE Les plus belles victoires sont celles que l'on gagne sur soi-même
Carcassonne
0643446571

Suite 2
soho awazu

Q :
C'est l'esprit qui différe ? La technique ?
Awazu :
Les règles d'arbitrage font que la victoire peut être remportée par koka ou iuko. bien sur, tout le monde, normalement, souhaite gagner par ippon. Si on gagne ainsi ses combats,on est vraiment un bon technicien, un bon judoka. Pour les meilleurs combats, il faudrait peut être supprimer Koka et Iuko, mais alors on fermerait les championnats à beaucoup de petits pays qui n'auraient plus le niveau nécessaire. Je crois d'autre part que les réglements sur les catégories de poids ont aussi changé l'esprit du Judo. Il n'est plus nécessaire de travailler avec un partenaire plus fort que soi pourtant le Judo, c'était bien de permettre au faible de gagner contre le fort. Or, le champion toutes catégories, c'est toujours le plus lourd, 120 kg, 130 kg ! Alors ou est l'esprit du Judo si c'est toujours le plus fort qui l'emporte ? Là aussi, c'est un problème politique. Enfin, lorsqu'on travaille force contre force, en ignorant le déplacement inévitable, comme on la vu aux derniers championnats c'est vraiment aller à l'encontre de la morale traditionnelle du Judo.
Q :
Comment, en tant que conseiller technique, réagissez vous à cette évolution ?
AWAZU :
Elle est tres dure à contrer car elle ne dépend pas que de nous, mais se produit à une échelle mondiale. Quant par exemple les soviétiques sont arrivés en compétition, en utilisant des techniques de sambo, comment pouvait on travailler en face ? Ou on répond par la force, ou il faut une technique hors pair pour garder le contrôle. Parce que comment passer un mouvement si son adversaire est en position penchée, alors que soi-même on se tient droit comme on devrait le faire en Judo ?
Q :
Et on pouvait rien faire rémédier à cela ?
AWAZU :
Bien sur la Fédération Internationale est consciente de ce problème, et on sait que pour permettre au Judo de continuer, il faut revenir à une base technique et à une position de départ correcte. On a établi un système de réglements qui interdit les positions ou les attaques non conformes.
Q :
Sont-ils vraiment appliqués ?
AWAZU :
ça aussi, c'est un problème ! De toute façon, lorsqu'on en arrive à ce type type d'interdits, c'est qu'on a dépassé le point limite : on risque de voir  un Judo complétement déformé, ou les deux adversaires resteront face à face, et le plus fort physiquement gagnera, sans qu'il soit question de technique. A mon avis, pour avancer dans le réglement de ce problème, il faut revenir à la base, à la formation du combattant lui donner une éducation suffisante.
Q :
Mais qui va décider les combattants à travailler dans ce sens ?
AWAZU :
Les combattants, eux, visent la victoire, et c'est normal. Mais les enseignants doivent ausi penser au Judo et faire changer le système : pour l'instant, on pense encore trop aux résultats, et pas assez au travail technique.
Q :
Comment équilibrer les deux ?
AWAZU :
On ne peut que conseiller, montrer comment obtenir les meilleurs résultats grâce à la technique ! Parce que quelqu'un qui n'a l'habitude que d'un ou deux mouvements se retrouve bloqué lorsqu'il ne peut pas les passer : il n' a plus cette faculté essentielle de pouvoir s' adapter à l' adversaire. On retrouve le manque de préparation, peut être... Mais si les combattants ne comprennet pas, s'ils ne pensent pas comme moi, je ne peux pas faire avancer cette situation tout seul.
 
A suivre 


Suite 3
Soho awazu

Q :
De toute façon, c'est un travail qui s'inscrit dans une perspective à long terme.
AWAZU :
Il est vrai qu'actuellement, et je parle pour le Judo mondial, la situation me semble bloquée pour cette génération de combattants. Dans un système traditionnel, le Professeur s'occupe de l'éléve dès l'enfance, il va aussi former son caractère ! Mais ici, lorsqu'ils arrivent au niveau compétition, ils sont déja ceinture noire, déja agés, et il n'est pas facile de le conseiller ! Bien sur l'époque est différente, et il serait difficile de suivre tous les principes de Maitre KANO. Ici, en France, tout le monde peut s'inscrire dans un dojo. L'essentiel c'est peut être d'avoir les enseignants qui suivent les règles du Judo traditionnel, et pensent à son évolution. Car il faut bien distinguer deux aspect dans le judo : d'une part ceux qui pratiquent la compétition, et d'autre part, la majorité de pratiquants qui vient seuleument travailler, étudier.
Q :
Vous avez connu plusieurs générations de champions. Dans leur pratique, que sont ils devenus après avoir arrété la compétition ? De bons judokas ?
AWAZU :
Généralement, un champion, sa carrière terminée, va enseigner à son tour.
Q :
Mais que va-t-il enseigner, si, comme nous l'avons dit, il ne connait bien que deux ou trois techniques ?
AWAZU :
Je ne peux vous répondre sur ce qu'il va faire..... mais s'il se sent responsable en tant qu'enseignant, à ce moment là, il va lui falloir étudier encore.
Q :
Ou ? Avec qui ?
AWAZU :
Et bien ( " Sensei s'interrompt, et me lance un regard plein d'humour " ) Il y a beaucoup de livres, n'est ce pas !? Mais bien sur, c'est difficile d'étudier dans les livres... ( redevenant sérieux ), et il y a les stages organisés par la Fédération, ou il peut travailler avec d'autres gradés, comparer ses techniques. Et puis, il ira dans les dojos, ou, je ne sais pas, avec moi par exemple, ou avec d'autres anciens.
Q :
Et vous pensez que dans les dojos, la situation est plus satisfaisante ? L' important me semble être le contact que vous gardez avec les professeurs, soit lors de vos visites en province, ou au cours des stages organisés. Selon vous, le niveau de l'enseignement est donc bon ?
AWAZU :
Il y a beaucoup de clubs dans lesquels les enseignants sont assez agés, ils étudient le judo depuis longtemps et ils ont formé de bons judokas. Bien sur on ne peut pas le dire de 100% des Professeurs ! Ce serait impossible ! Mais justementnles moins bons permettent de faire des comparaisonsde réfléchir à ce qui ne va pas.
Q :
Supposons qu'on puisse revenir 30 ans en arrière : referiez vous la même chose ?
AWAZU :
C'est difficile, car les générations sont différentes. C' est une question d'atmosphère : le judo est toujours un Budo, c'est a dire qu'il exige le respect envers le supérieur ou le plus agé. C' est un état d'esprit : si on applique que les techniques, ce n'est plus du judo mais de la bagarre ! Mais si on a bien travailler les mouvements, alors même en combattant l'esprit est tranquille. Le salut aussi est important, on s'incline en entrant devant le professeur, parce qu'on est pas dans un gymnase, mais dans un dojo.
Q :
Vous pensez qu'on ne peut pas enseigner cela en France ?
AWAZU :
Je crois que beaucoup d'anciens respectent ces règles.